Avec son nouveau site inauguré à Nivelles le 15 octobre, Leonidas ne mise pas uniquement sur la croissance. Le chocolatier entend aussi mettre sa renommée au service de la transmission. Un enjeu pour toute la filière, alors que les entreprises peinent à trouver des professionnels qualifiés.

« Il manque de personnes qualifiées dans le secteur du chocolat », souligne le CEO de Leonidas, Philippe de Selliers. Derrière l’inauguration du nouveau site de Nivelles, ce constat donne une portée au projet. Moderniser la production est une chose ; donner aux jeunes l’envie d’en maîtriser les métiers en est une autre. Le chocolatier souhaite agir sur les deux fronts, en associant un outil industriel renforcé à un espace de découverte et de pratique.

La démarche concerne aussi les professionnels de l’Horeca, dont les métiers reposent sur la qualité des produits, la maîtrise des gestes et la transmission des savoir-faire. Pour les restaurateurs, pâtissiers et hôteliers, l’attractivité des professions gourmandes constitue un sujet commun : comment faire découvrir leur richesse et encourager la relève à s’y engager ? À Nivelles, Leonidas veut apporter sa contribution en ouvrant une fenêtre sur les coulisses du chocolat belge.

Mettre la main à la pâte pour découvrir un métier

Le nouvel Experience Center occupe 500 m². Il réunit un amphithéâtre, un musée consacré à l’histoire de Leonidas et un autre au chocolat, ainsi qu’un atelier de création. Les visiteurs pourront y réaliser leur propre praline aux côtés d’un Maître Chocolatier. Au-delà de la dégustation, l’objectif est de rendre concret un univers professionnel dont le public connaît surtout le produit fini.

Observer, comprendre, puis essayer : cette approche pourrait donner à certains jeunes l’envie d’aller plus loin. L’atelier permettra de découvrir les gestes et l’exigence qui se cachent derrière une praline. Avec plus de 1.200 points de vente dans 40 pays, Leonidas dispose d’une notoriété susceptible d’attirer le public et de donner de la visibilité aux métiers de la chocolaterie. L’ambition dépasse ainsi la seule présentation de la marque : il s’agit aussi de susciter de nouvelles vocations.

Les besoins sont bien réels. Selon les chiffres présentés, le secteur belge du chocolat emploie plus de 14.200 personnes dans 600 entreprises et recherche chaque année quelque 800 nouveaux talents. Son chiffre d’affaires approche 7,7 milliards d’euros, soit 10 % de celui de l’industrie alimentaire. Ces données rappellent le poids économique d’une filière dont le rayonnement repose autant sur les compétences humaines que sur la capacité à investir.

Près de 100 millions d’euros pour accompagner la croissance

Implanté dans la zone industrielle de Nivelles Nord, le nouvel ensemble s’étend sur 30.000 m², sur un terrain de cinq hectares. Il réunit les bureaux, la production et les entrepôts, auparavant répartis sur deux sites bruxellois. Cet investissement de près de 100 millions d’euros doit soutenir le développement de Leonidas, qui exporte la moitié de sa production tout en conservant l’ambition de fabriquer localement l’ensemble des produits distribués dans le monde.

L’outil de production compte huit lignes industrielles et trois lignes artisanales, dont cinq nouvelles lignes. L’enjeu est d’augmenter les capacités et l’efficacité, mais de diversifier l’offre : catégories de produits, goûts, formes et décors. Cette articulation entre volumes, créativité et savoir-faire mérite l’attention. Elle illustre la manière dont un acteur du chocolat belge prépare l’évolution de son offre et de ses marchés.

La recherche et développement bénéficie de près de 1.000 m² de laboratoires et de lignes pilotes. Ces installations doivent favoriser de nouvelles collaborations avec les universités et les organismes de recherche en agroalimentaire. De quoi soutenir l’innovation, dans un secteur où la qualité et le renouvellement des propositions participent à la valeur du produit.

Préserver les compétences, préparer la relève

Le site a obtenu la certification BREEAM Excellent. Géothermie, panneaux photovoltaïques et récupération des eaux de pluie contribuent à sa performance environnementale. Le regroupement des activités limite aussi les transports entre implantations et facilite les échanges entre équipes.

Autre élément : selon Leonidas, la totalité des collaborateurs a accompagné le déménagement à Nivelles. Cette continuité permet de préserver les compétences et le savoir-faire accumulés dans l’entreprise. Elle fait écho à l’ambition du futur espace de découverte : transmettre aux visiteurs ce que les équipes font vivre au quotidien.

Pour la filière comme pour l’Horeca, le message est clair : l’avenir des métiers de bouche se construit aussi par la rencontre avec ceux qui les exercent. En donnant accès à un atelier et à ses chocolatiers, Leonidas espère transformer la curiosité pour le chocolat en envie d’en faire son métier.

(ML — photos : Damon De Backer)