C’est dans une ambiance chaleureuse, au cœur du vieux village de Cairanne, que l’AOC Cairanne a célébré récemment le dixième anniversaire de son accession au statut de Cru.
« Il n’est pas exclu que l’ensemble de l’appellation soit 100 % bio d’ici cinq ans », affirme Laurent Brusset, président de l’AOC Cairanne.
Le banquet, organisé sous un immense chapiteau, a réuni quelque 250 invités autour d’un dîner à huit mains signé par les chefs Emmanuel Renaut (Flocons de Sel***, Haute-Savoie), Édouard Loubet (Le Grizzly**, Haute-Savoie), Cyril Glémot (Côteaux & Fourchettes, Cairanne) et Jean-Michel Besnard (Les Pieds sous la Table, Cairanne).
Qu’est-ce qui distingue aujourd’hui l’AOC Cairanne des autres appellations ?
« Pureté, authenticité et précision : voilà les trois grandes caractéristiques de l’appellation Cairanne », explique l’œnogéologue Georges Truc lors d’une dégustation au Caveau de Cairanne. Cairanne est également l’une des rares appellations de la région à présenter trois types de sols classiques. Et : nous avons également la chance de compter parmi nous des vignerons reconnus, ce qui n’est pas le cas de toutes les appellations. »
« Nous sommes convaincus que nos différents terroirs sont complémentaires, c’est pourquoi nous croyons fortement à l’assemblage », ajoute Helen Durand, vigneron au Domaine du Trapadis à Rasteau, village voisin de Cairanne, jumelé avec Houyet. Les vignobles de Rasteau remontent au XIVe siècle et regroupent 4 terroirs et 4 coopératives viticoles.
Quel avenir se dessine pour l’AOC Cairanne ? Nous avons posé la question à Laurent Brusset, président de l’AOC Cairanne et du Syndicat des Vignerons de Cairanne.
« L’innovation est le maître-mot », répond-il, « nous voulons répondre aux attentes des jeunes générations en mettant davantage l’accent sur l’événementiel et sur une communication ciblée. »
La répartition entre vins rouges (94% de la production) et vins blancs (6%) va-t-elle évoluer ?
« La part des vins blancs devrait rapidement atteindre 7 à 8%, avec pour objectif d’atteindre 15% à terme. La demande est aujourd’hui supérieure à l’offre. Il faut toutefois attendre environ quatre ans après la plantation des cépages blancs avant de pouvoir réaliser les premières vendanges. Il convient donc de faire preuve d’un peu de patience. »
Envisagez-vous également la production de vins rosés ?
« Pour l’instant, cela n’est pas autorisé dans le cahier des charges de l’appellation. Nous avons toutefois introduit une demande visant à modifier le cahier des charges. En attendant, nous proposons déjà des rosés sous l’appellation Côtes du Rhône. »
Aujourd’hui, 40% de la production sont issus de l’agriculture biologique. Comment cette proportion évoluera-t-elle ?
« La part du bio augmente chaque année. Je suis convaincu que nous atteindrons bientôt 80% de viticulture biologique. Les jeunes vignerons sont pleinement engagés dans cette démarche, et il n’est donc pas impossible que l’ensemble de l’appellation devienne 100% biologique d’ici cinq ans. »
La tendance vers davantage de vins bio et de vins blancs est également confirmée par Denis Crespo, directeur œnologue de la Cave de Cairanne, une coopérative regroupant 129 vignerons qui exploitent 1 200 hectares et produisent 45 000 hectolitres par an. En 2024, il s’est vu décerner par La Revue des Vins de France le titre de ‘Meilleure cave coopérative de France’, à l’issue d’une dégustation des deux crus bio de Cairanne produits par la maison.
« Il est clair que la vinification sans soufre confère un caractère distinctif à la qualité des tanins du vin », explique-t-il à propos de cette distinction. « Cela donne un style reconnaissable, alliant douceur soyeuse, finesse et élégance. Parallèlement, nous avons également approfondi nos connaissances en matière de contrôle de la température et de très longues périodes de macération, ce qui permet aux tanins de s’intégrer véritablement. Au sein de l’appellation, il existe déjà un nombre considérable de vignobles biologiques, et je pense moi aussi que ce nombre continuera d’augmenter. L’agriculture biologique sera en tout cas essentielle à l’avenir, notamment parce qu’elle constituera la norme de base pour la poursuite de la production agricole. Par ailleurs, nous devons aussi continuer à nous remettre sans cesse en question. Nous devons tester de nouvelles techniques pour la récolte, la vinification et l’assemblage du vin ».
Helen Durand du Domaine du Trapadis: « Nos terroirs sont complementaires »
Quelles sont vos attentes pour la prochaine récolte ?
« Notre principale attente pour cette récolte est un bon rendement, car nous rencontrons depuis plusieurs années des difficultés en termes de quantité en raison d’une météo imprévisible. D’un point de vue économique, il serait souhaitable d’avoir au moins une récolte normale. Bien entendu, nous visons la meilleure qualité possible, car la maison ne peut se permettre la médiocrité. Nous visons toujours l’excellence ».
L’importance du marché belge pour l’AOC Cairanne ne doit d’ailleurs pas être sous-estimée.
« 47 % de la production est exportée vers la Belgique, précise encore Laurent Brusset. Les États-Unis occupent la deuxième place. »
Pour plus d’informations, rendez-vous sur www.cairanne-vin.com, www.cave-cairanne.fr et www.domainedutrapadis.com
(DV)


