Comment faire en sorte qu’une plus grande part du poisson pêché par les pêcheurs flamands soit également transformée, commercialisée et consommée dans nos régions ? Cette question était au cœur d’une visite de travail de Hilde Crevits, ministre flamande de la Pêche maritime, chez Alfa Fish, une entreprise familiale flamande de Brecht spécialisée dans la transformation, la distribution et la commercialisation de poissons et de produits de la mer.
Hilde Crevits est compétente pour la pêche maritime depuis sept ans. Comment envisage-t-elle le présent et l’avenir du secteur ?
« Grâce à une innovation permanente, au savoir-faire et à l’esprit d’entreprise, notre secteur de la pêche maritime, certes de petite taille mais particulièrement dynamique, fournit tout au long de l’année des produits de la mer frais, locaux et issus d’une pêche durable », souligne-t-elle. « Mais les défis auxquels le secteur est confronté sont considérables. Les coûts élevés de l’énergie et d’exploitation, le vieillissement, la pénurie de main-d’œuvre et les possibilités d’investissement limitées menacent l’avenir de la flotte. Nos pêcheurs sont également confrontés à des quotas de pêche et à des réglementations européennes strictes. La politique européenne a un impact majeur sur les secteurs de la pêche et de l’aquaculture. Je plaide dès lors en faveur des réformes et des investissements nécessaires dans le secteur. »
En 2025, le volume total débarqué par les navires de pêche belges a légèrement augmenté pour atteindre 15.168 tonnes, représentant une valeur de 88,4 millions d’euros. Pour la troisième année consécutive, les calmars arrivent en tête des espèces débarquées, suivis de la sole, de la plie, de la raie, du grondin, de la lotte, de la coquille Saint-Jacques, de la limande-sole, de la crevette et des requins. Avec 6.527 tonnes, Zeebrugge a enregistré le volume de débarquement le plus important, devant Ostende avec 5.448 tonnes. Nieuport en a accueilli 247 tonnes. Quelque 2.937 tonnes ont par ailleurs été débarquées dans des ports étrangers, principalement aux Pays-Bas, au Danemark et en Espagne.
D’où vient le poisson ? La partie belge de la mer du Nord couvre une superficie à peu près équivalente à celle de la province de Flandre occidentale. Traditionnellement, les pêcheurs belges ont toujours pêché dans des eaux plus lointaines. Aujourd’hui, environ la moitié de nos poissons provient des eaux britanniques, auxquelles les pêcheurs ont accès jusqu’au 30 juin 2038. La pêche est également importante dans les eaux françaises, irlandaises, néerlandaises, allemandes et danoises. Historiquement, la Belgique dispose également d’un nombre limité de droits de pêche dans les eaux norvégiennes.

Comment la flotte de pêche va-t-elle évoluer ?
« Fin 2025, notre flotte de pêche comptait 60 navires commerciaux, dont l’âge moyen était de 30,9 ans. Grâce au soutien flamand et européen, d’importants investissements ont été réalisés dans l’adaptation des engins de pêche, les techniques innovantes, l’efficacité énergétique ainsi que dans l’amélioration de la sécurité et des conditions de travail et de vie. La réglementation européenne limite toutefois le nombre de navires et interdit l’octroi d’aides pour la construction de nouveaux bateaux. »
Quelle est l’attitude du secteur vis-à-vis de la durabilité ?
« La quasi-totalité de la flotte participe au projet “Visserij Verduurzaamt”, qui vise à rendre la pêche plus durable. Nous souhaitons également faire connaître cette reconnaissance auprès des consommateurs, afin qu’ils puissent voir, au moment de l’achat, si un produit répond aux objectifs de “Visserij Verduurzaamt” », explique la ministre. Lors de sa visite de travail chez Alfa Fish, elle s’est également essayée au filetage. Outre les espèces classiques, des poissons de la mer du Nord moins connus, tels que le grondin rouge, le merlan, la vive, la limande et la raie, étaient également au programme.

« Des entreprises comme Alfa Fish contribuent à maintenir notre secteur flamand de la pêche fort, innovant et tourné vers l’avenir », souligne-t-elle.
Alfa Fish transforme chaque année quelque 4.000 tonnes de poissons et de produits de la mer et approvisionne environ 1.000 établissements Horeca par semaine. Depuis la reprise de l’entreprise par les frères Steven et Christophe Timmermans en 2018, Alfa Fish effectue tous ses achats en direct. Son chiffre d’affaires est passé de 4 millions d’euros à un chiffre d’affaires attendu de 40 millions d’euros en 2026.
« Les espèces de la mer du Nord que nous vendons actuellement le plus sont la sole, le turbot et la barbue. Nous investissons également beaucoup dans des infrastructures et des technologies modernes. Le filetage, le dépouillement, l’étêtage, le désarêtage, le portionnement et la mise sous vide exigent en effet de l’expérience et du savoir-faire. Nous voulons soutenir nos collaborateurs dans ces tâches en investissant dans les équipements », explique Steven Timmermans, qui entend jouer un rôle actif dans l’ensemble de la chaîne, en collaboration avec des partenaires tels que les autorités flamandes, le VLAM et d’autres acteurs.

La superficie de l’entreprise est passée d’environ 400 à 1.500 m², tandis que sa capacité de transformation est passée d’environ 1.838 à 7.353 tonnes par an. Une attention particulière est également accordée aux flux résiduels. Les arêtes de poisson restantes sont transformées en fond de poisson, commercialisé par des détaillants belges.
Alfa Fish investit également dans la durabilité, notamment avec une installation frigorifique au CO₂ équipée d’un système de récupération de chaleur, 362 panneaux solaires, la réutilisation partielle des eaux usées ainsi qu’une installation permettant de compacter fortement le polystyrène expansé afin d’en optimiser le recyclage.
« Chaque année, nous achetons pour 1 million d’euros de produits à la criée, sur un volume total d’achats à l’échelle mondiale de 25 à 30 millions d’euros. Nous voulons résolument donner davantage de visibilité aux poissons de la mer du Nord dans l’Horeca, tout en proposant aux consommateurs et aux professionnels de l’Horeca une offre globale », ajoute Steven Timmermans.
Alfa Fish a été nommée à cinq reprises Trends Gazelle dans la province d’Anvers et figure également dans le FT 1000 du Financial Times, le classement des entreprises européennes affichant la plus forte croissance.
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photo’s : © Alfa Fish