Le secteur brassicole belge traverse une période particulièrement complexe. C’est le constat qui ressort du rapport annuel 2025 des Brasseurs Belges. Entre recul de la consommation, baisse des exportations, augmentation des coûts et pression réglementaire croissante, les indicateurs sont orientés à la baisse. Pourtant, les brasseurs refusent de céder au pessimisme et continuent à investir massivement dans l’innovation et le développement de leurs activités.

En 2025, la consommation de bière sur le marché belge a diminué de 3,2 %. Sur une décennie, la baisse atteint près de 20 %, soit l’équivalent d’environ un demi-milliard de verres consommés en moins chaque année. Le recul touche particulièrement l’Horeca, où les ventes ont chuté de 4,1 %, contre 2,6 % dans la distribution.

Les exportations, qui représentent près de 70 % de la production belge, ont également souffert. Elles ont reculé de 4,8 % sous l’effet des tensions géopolitiques et des incertitudes économiques internationales. Cette conjoncture difficile se traduit directement par une diminution du nombre de brasseries dans le pays. En 2025, la Belgique comptait 395 brasseries contre 411 un an plus tôt, avec 28 fermetures pour seulement 12 nouvelles ouvertures.

Selon la fédération, plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Les coûts de production restent élevés, les habitudes de consommation évoluent et le contexte réglementaire se durcit. Les Brasseurs Belges estiment notamment que certaines mesures envisagées par les autorités risquent de fragiliser davantage un secteur déjà sous pression.

L’un des points de tension concerne le projet d’arrêté royal relatif à la publicité pour l’alcool. Celui-ci prévoit notamment de remplacer le message actuel « L’abus d’alcool nuit à la santé » par la mention « L’alcool nuit à la santé ». Pour la fédération, cette modification déplace le débat de la lutte contre les abus vers une stigmatisation de toute consommation d’alcool, y compris modérée.

« Nous combattons l’abus d’alcool et continuerons à le faire. Mais il existe une différence entre la consommation excessive et la dégustation responsable d’une bière entre amis », souligne Krishan Maudgal, directeur des Brasseurs Belges. L’organisation rappelle que 84 % des Belges respectent les recommandations du Conseil supérieur de la santé concernant la consommation d’alcool.

… mais continuent d’investir dans l’avenir

Malgré ce contexte difficile, le secteur fait preuve de résilience. Les investissements ont atteint 213 millions d’euros en 2025, soit près de 20 % de plus qu’en 2024. Les brasseurs poursuivent notamment leurs efforts dans le développement des bières sans alcool ou à faible teneur en alcool. Cette catégorie compte aujourd’hui environ 120 références sur le marché belge et sa consommation a progressé de 17 % l’an dernier. Elle représente désormais 6,5 % de la consommation intérieure totale.

Pour les Brasseurs Belges, ces résultats démontrent la capacité d’adaptation du secteur. Celui-ci génère toujours près de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contribue à hauteur d’environ 1 % du PIB belge, emploie directement 6.605 personnes et soutient près de 50.000 emplois indirects.

Face aux défis actuels, la fédération appelle toutefois les autorités à lui accorder une « marge de respiration ».

  1. Pas de nouvelles charges. Le secteur contribue déjà aujourd’hui à hauteur d’environ 650 millions d’EUR via les accises et les taxes. La bière est déjà plus chère en Belgique que dans les pays voisins, ce qui encourage les achats transfrontaliers.
  2. Orienter la politique vers la lutte contre l’abus d’alcool. Les brasseurs y sont pleinement favorables, contrairement au fait de viser la grande majorité qui consomme de façon raisonnable et modérée.
  3. Associer le secteur. Depuis 30 ans, les brasseurs prouvent leur engagement avec BOB, l’autorégulation pour la publicité pour l’alcool et l’innovation sans alcool. Une politique fonctionne mieux lorsqu’elle est déployée avec le secteur, et non pas à son insu.

Au-delà des préoccupations économiques, le secteur souhaite aussi remettre en avant la dimension culturelle de la bière belge. L’année 2026 sera d’ailleurs marquée par le dixième anniversaire de l’inscription de la culture de la bière belge au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Pour célébrer cet anniversaire, plusieurs initiatives sont prévues, dont une version élargie du Belgian Beer Weekend qui se transformera en une semaine complète de festivités. De nouveaux projets autour de la culture des cafés belges sont également annoncés.

« La Belgique n’est pas seulement un pays de bière, elle est le berceau de la culture brassicole mondiale », rappelle Lorin Parys, président des Brasseurs Belges. Une conviction qui nourrit la volonté du secteur de continuer à entreprendre, investir et innover malgré les difficultés.

Entre prudence économique et ambition culturelle, les brasseurs belges entendent ainsi faire de 2026 une année de célébration, mais aussi un moment clé pour rappeler le poids économique, social et patrimonial d’une filière emblématique du pays.

L’asbl Brasseurs Belges est une des plus anciennes associations professionnelles au monde. Elle regroupe presque toutes les brasseries du pays.  www.belgianbrewers.be – info@belgianbrewers.be