À présent que le changement climatique et les conditions météorologiques extrêmes provoquent de plus en plus d’incendies de forêts — comme ce fut le cas récemment dans le département français de l’Aude — la Commission européenne essaie d’armer les pays de l’UE contre les incendies grâce à des mesures préventives. Dans ce cadre, les vignobles ont aussi un rôle à jouer… Car ils peuvent bel et bien ralentir, voire stopper, les incendies de forêt.
Le récent incendie de forêt dans l’Aude est le plus important survenu en France au cours des 75 dernières années. En près de 48 heures, il a réduit en cendres plus de 17.000 hectares de végétation, soit une fois et demie la superficie de Paris.
Une barrière de vignobles procure-t-elle vraiment un sentiment de sécurité ? Oui, à certaines conditions, comme le montre un programme de prévention soutenu par la Commission européenne.
L’utilité des vignobles dans la lutte contre les incendies de forêt est testée dans le cadre du projet européen Fire Wine. Tout a commencé par un projet pilote en Catalogne qui s’est étendu depuis lors à des régions viticoles dans d’autres parties de l’Espagne, en France, au Portugal ainsi qu’en Italie. Le projet soutient les viticulteurs qui entretiennent bien leurs terres, ce qui implique non seulement le soin apporté aux vignes, mais aussi la maîtrise de la végétation supplémentaire, le maintien d’une zone tampon et la collaboration avec les instances locales de gestion forestière.
Ce n’est que si les vignobles sont bien entretenus qu’ils peuvent faire partie de la solution dans les zones vulnérables aux incendies. D’abord, les plantes saines et vivantes sont moins inflammables. Ensuite, comme les vignes sont plantées en rangées, les espaces entre elles créent des ‘trous’ qui peuvent stopper ou ralentir la progression du feu. De plus, les vignobles sont accessibles aux pompiers, ce qui facilite l’intervention et la lutte contre un éventuel incendie.
Des recherches ont déjà démontré que les incendies de forêt s’arrêtent souvent là où commence un vignoble (bien entretenu). En revanche, les vignobles abandonnés ou négligés représentent justement un risque accru de propagation du feu, car ils sont envahis par les mauvaises herbes, formant ainsi un réseau de végétation hautement inflammable.
Comme le projet ne se limite pas à la viticulture elle-même, les producteurs participants peuvent recevoir des fonds pour planter des vignes sur des terrains qui ne sont peut-être pas les meilleurs pour la qualité du raisin, mais qui sont situés à des endroits stratégiques pour lutter contre les incendies de forêt. Les domaines viticoles peuvent également, s’ils le souhaitent, obtenir un label reconnaissant leur engagement . Reste à déterminer si cela représente un avantage commercial.
Et cela peut sembler surprenant, mais cet engagement se goûte aussi. La région de l’Empordà, en Catalogne, commercialise un vin appelé Vi Fumat, élaboré à partir de raisins exposés à la fumée des incendies de forêt.
Certaines variétés de raisins, comme la Syrah et le Pinot Noir, sont d’ailleurs connues pour leur capacité à produire des vins aux arômes fumés, surtout lorsqu’ils sont élevés en fûts de chêne. Et, dans certaines régions, comme Pouilly-Fumé, c’est le sol riche en silex qui confère des arômes fumés subtils au vin.
Pour plus d’informations, surfez sur www.firewine.eu
(dv)

